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Les Bouches-du-Rhône, Marseille

L’éphémère en question : patrimoines des fêtes et spectacles

3-5 octobre 2013, Journées d’études de l’Association des conservateurs des Antiquités et Objets d’Art

2 août 2013, par Aude Maisonneuve

Dans le déroulé de la fête et du spectacle, tout un processus touchant à l’ostentation, à l’exhibition, à la procession, à la théâtralité et à la mise en scène prend appui sur des objets parfois précieux, parfois modestes, mais toujours chargés de sens et de symboles.

Destinés à répondre à un temps précis et délimité de la fête, de la monstration ou bien à des rites régulièrement renouvelés, ils sont souvent réalisés avec des matériaux légers, plus ou moins pérennes. Il en va ainsi de l’annonce de l’événement (affiches, placards, tracts), des accessoires, des costumes et décors utilisés lors du déroulement, des dérivés (souvenirs, trophées) mais aussi de la narration et de la réception (récits, échos de la fête).

Dans toutes ces étapes, les objets sont des marqueurs établissant les codes cérémoniels établis par les organisateurs, les acteurs ou bien le public, sur des bases parfois très anciennes. Participant d’une coutume, d’une croyance ou bien d’un geste artistique, ils sont souvent la trace unique de temps festifs, et leur identification comme leur conservation sont à l’évidence des enjeux forts au plan de l’histoire des arts, de la sociologie et de l’ethnographie.

Les ethnologues ont les premiers tenté une approche raisonnée de la fête en prenant appui sur la persistance de phénomènes collectifs et sur un sursaut mémoriel ayant suscité une convergence d’objets témoins vers les collections privées ou des musées créés parfois pour l’occasion.

Mais, ainsi décontextualisés, ces objets pâtissent d’un manque de compréhension des usages et savoir-faire auxquels pourtant intrinsèquement ils se lient.

En parallèle, certaines structures (théâtres, opéras, festivals et associations) envisagent aujourd’hui la conservation en place de ce patrimoine qui devient une mémoire vivante, source d’inspiration pour les créateurs contemporains.

Assujettis à l’in situ qui gouverne toute pratique en matière de monument historique, les conservateurs chargés du patrimoine mobilier oeuvrent depuis longtemps déjà dans le champ du recensement, de la protection, de la conservation et de la mise en valeur d’objets de connaissance gardant toute leur fonctionnalité.

Ils se sont cependant peu tournés vers les témoins de la fête jugés peut-être impropres à une conservation sur le long terme et sans doute complexes à repérer car conservés dans des lieux très divers et relevant d’émetteurs variés (institutions, associations, individus). Ces éléments ont aussi de quoi rendre perplexes les acteurs patrimoniaux, plus institutionnellement tournés vers la prise en compte de valeurs sûres du patrimoine que celles de témoignages fugaces et périssables prenant pour cadre l’événementiel et la rue.

Reposant sur une multiplicité de sources documentaires (archives, films, archives sonores, etc.), ces objets sont pourtant essentiels à la compréhension et l’interprétation de mécanismes anthropologiques fondamentaux, même s’ils courent le danger permanent d’une disparition progressive. Pour autant, il n’est pas dans la prétention des acteurs patrimoniaux de les priver de leurs usages fondateurs, mais tout au plus d’infléchir la manière dont ces choix de préservation doivent composer avec une matière ductile et fuyante, fragile « par ,nature ». En s’adjoignant les acteurs eux-mêmes, sans doute sera t-il possible d’établir une chaîne continue associant conservation, compréhension et valorisation de ce patrimoine.

Prendre en compte l’éphémère de la fête, ses fragilités, ses accentuations, ses intermittences et discontinuités ; autant de contradictions criantes qui font tout le paradoxe d’un phénomène à persistance forte, insaisissable et empreint d’immatérialité

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