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La Roche-sur-Yon (Vendée)

Objets de mémoire - mémoire de l’objet : Regards sur le patrimoine mémoriel et l’objet mobilier « monument historique »

Journées d’études de l’association des conservateurs des antiquités et objets d’art de France1er, 2 et 3 octobre 2015

2 mars 2015, par Aude Maisonneuve

A l’heure de l’emballement patrimonial (Pierre Nora) et du nécessaire devoir de mémoire, acteurs du patrimoine, historiens, sociologues, etc. sont invités à s’interroger sur « l’objet qui témoigne », sur le rôle de l’objet porteur de sens pour la mémoire. Alors que la plupart des sciences humaines sondent le rapport de leur discipline avec la mémoire et ses artefacts, il est apparu nécessaire de considérer les expériences des professionnels du patrimoine quant aux liens qui unissent l’objet, dont la matérialité est au cœur de leurs pratiques, et la mémoire qui peut y être attachée. Les interventions des journées d’étude permettront de trouver des points de convergence, des critères d’analyse dans le processus selon lequel des objets acquièrent une fonction mémorielle et, in fine, ce qui autorise pour ces objets mobiliers une protection au titre des monuments historiques.

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Saint-Vincent-sur-Jard, maison de Georges Clemenceau

Argumentaire

Point n’est besoin d’insister sur la place importante que tient le passé dans notre société. Depuis les années 1970, notre conception du patrimoine s’est considérablement élargie au point que Pierre Nora parle « d’emballement patrimonial ». On conserve, on protège aujourd’hui des biens matériels et immatériels, des mémoires, des espaces naturels, des objets exceptionnels et d’autres hier négligés. Un nouveau champ du patrimoine dédié à la mémoire est apparu sous l’ère des commémorations. Avec Joël Candau, on peut définir la mémoire comme l’ensemble des traces discontinues d’un passé plus ou moins lointain que nous reconfigurons au présent immédiat pour nous projeter vers un futur plus ou moins proche. Quelle pratique, quelles analyses adopter vis-à-vis de ce champ patrimonial en ayant à l’œil les démarches historiques et celles purement mémorielles, qui parfois laissent place à la passion ? Jean-Michel Leniaud voit « le droit à la mémoire comme l’un des fondements du droit à l’identité ». Dans la distinction entre l’objet qui transmet une mémoire, célèbre une identité et celui qui ne fait que l’évoquer, l’acteur du patrimoine est-il le seul juge ? Les objets mémoriels jouent le rôle d’intermédiaires entre le présent et le passé tout en témoignant de l’image qu’une société se fait de son passé. Existe-t-il des critères objectifs d’analyse et d’évaluation de ce nouveau champ patrimonial ? Dans le cadre de la commémoration de la Première Guerre mondiale, la Direction générale des patrimoines au sein du Ministère de la Culture et de la Communication a édité un rapport dans lequel des Inspecteurs des monuments historiques ont été chargés de réfléchir à la question des protections des vestiges et témoignages du conflit. Il y est surtout question des immeubles et très peu des objets mobiliers, les études et analyses d’ensemble faisant défaut. Pourtant nombre de conflits armés, outre le premier conflit mondial, ont alimenté une quête identitaire dans laquelle le passé est exalté, parfois dans la pierre et surtout à travers les objets. Le souvenir de ces moments historiques, de ces figures nationales, des deuils, des martyrs, etc. ont généré quantité d’œuvres mémorielles dont il convient de considérer l’intérêt historique, esthétique et symbolique. L’enjeu est ici de montrer les processus qui transforment des souvenirs personnels en souvenirs collectifs, les objets aidant à la création d’une mémoire commune. Ils favorisent la mise en récit, donnent de la consistance, contribue à sédimenter la mémoire, à la cristalliser, que ces objets racontent la vie des hommes ou la vie d’un homme. Parfois ils attestent de la violence d’un conflit, deviennent des preuves matérielles et sont donc assortis d’une charge affective. Ils ont alors une portée symbolique. Ils peuvent aussi être l’objet d’utilisation politique ou revêtent une dimension sociale. La vigilance des individus est plus que nécessaire face à la charge émotive de ces objets. Des compétences croisées sont alors nécessaires pour évaluer les critères d’authenticité. La question du recul devant l’imaginaire attaché aux objets, la juxtaposition des mémoires, parfois l’opposition des mémoires, pourront être examinées. Devant l’intérêt de la mémoire souffrante de la guerre dans la construction identitaire, nombre de politiques patrimoniales ont été menées, ces dernières années, avec une intensité rarement égalée au niveau des collectivités territoriales. Comme l’exprime Pierre Nora, les mots « identité », « mémoire » et « patrimoine » sont devenus presque synonymes : « Identité renvoie à une singularité qui se choisit, une spécificité qui s’assume, une permanence qui se reconnaît, une solidarité à soi-même qui s’éprouve. Mémoire signifie tout à la fois souvenirs, traditions, coutumes, habitudes, usages, mœurs, et ouvre un champ qui va du conscient à l’à demi conscient. Et patrimoine est carrément passé du bien qu’on possède par héritage au bien qui vous constitue ». Maintenus in situ, les objets ne sont pas condamnés à un silence énigmatique. C’est à une éternelle requalification auxquelles ils sont soumis. Paul Ricoeur remarquait qu’une trace laissée par le passé ne devient doucement historique qu’à partir du moment où l’histoire est capable d’interroger ses vestiges, de la soumettre à la question. L’analyse du processus de patrimonialisation des objets mémoriels pourra révéler comment on a conféré un sens nouveau à des choses qui n’en avaient plus. Le tourisme s’est bien entendu emparé de ce patrimoine mémoriel en donnant une fonction pédagogique à l’objet, en le mettant en scène… L’expertise des acteurs du patrimoine est alors essentielle, a fortiori lorsqu’il s’agit d’évaluer une protection au titre du patrimoine national.

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Saint-Vincent-sur-Jard, maison de Georges Clemenceau

Les communications pourront concerner les champs suivants :

Définir l’objet de mémoire Comment interpréter l’objet comme support de la mémoire ? Comment un objet peut-il passer de l’utile au culte mémoriel ? L’objet de mémoire peut-il revisiter voire manipuler le présent ? Contribue-t-il à fabriquer un symbole ? Peut-on raconter l’histoire avec l’objet protégé au titre des monuments historiques ? Quel rôle porte l’objet MH dans l’écriture de l’histoire ?

Protéger l’objet de mémoire Comment légiférer sur la mémoire historique ? Quels critères de protection pour le patrimoine historique et mémoriel ? La diversité des supports matériels de l’objet de mémoire ? La question de la valeur aux multiples dimensions, quel tri doit-on ou peut-on faire ? Quelles sont les garanties d’authenticité ? Quelles recommandations méthodologiques pour l’examen des protections de ce type de patrimoine ?

Transmettre l’objet de mémoire Comment circule l’objet de mémoire avant sa reconnaissance patrimoniale ? Quels liens unissent objets de mémoire et rassemblement des valeurs d’un territoire ? Quel est le rôle de l’objet de mémoire aujourd’hui ? La relation de l’homme d’aujourd’hui avec l’objet de mémoire ? L’objet de mémoire peut-il être porteur d’identité territoriale ? Les objets de mémoire sont-ils les signes, les miroirs du temps présent ? Quel est leur rapport au présent ? Quel recul doit avoir un acteur du patrimoine face à la charge émotive des objets de mémoire ? Comment appréhender la conservation et la restauration de ces objets dont le statut « mémoriel » peut parfois rendre complexes les choix et les partis pris d’intervention ?

Valoriser l’objet de mémoire Comment valoriser l’objet de mémoire ? Comment le présenter au public ? Quelle médiation adopter ? Muséographier l’objet de mémoire, débats et controverses ? Comment certains objets permettent une appropriation symbolique par la mémoire qui y est attachée ?

Carton de vitrail de la guerre de Vendée, coll. part.

Modalités de soumission :

Vos propositions de communication (de 20 mn ou étude de cas 10 mn) sont à envoyer à Julien BOUREAU à l’adresse suivante : julien.boureau@vendee.fr sous la forme d’un résumé de 5 à 10 lignes présentant le contenu de l’intervention, avec un titre. Vous joindrez une notice biographique précisant votre fonction et institution de rattachement. La date limite de l’envoi des propositions est fixée au 30 avril 2015. Le bureau de l’association des CAOA de France établira le programme définitif des journées à partir des propositions qui lui seront parvenues et se réserve le droit de rejeter des candidatures. Les actes de ces journées d’études feront l’objet d’une publication en octobre 2016 dans la collection « Regards sur » en co-édition Actes Sud-Association des CAOA de France.

Ces journées d’étude sont organisées par l’Association des Conservateurs des Antiquités et Objets d’Art de France (ACAOAF) avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication (Direction générale des patrimoines), la Direction Régionale des Affaires Culturelles des Pays-de-la-Loire et le Conseil général de la Vendée. Saint-Vincent-sur-Jard, maison de Georges Clemenceau

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